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Présentation

  • : Le blog d'un Picard en Luberon
  • : Le blog du grand!!!Cela fait maintenant 14 ans que vous me lisez assidûment et je vous en remercie. Mon but est de faire profiter mes amis des bons moments que je passe en Provence et dans mon activité de Maire,entouré d'une si belle nature ainsi que la rencontre d'amitiés très fortes.Vous avez droit à tous mes états d'âme sur mes lectures , spectacles expos,rencontres. Enfin tout ce que je pense!!!!!Mais avec humour,dérision et poésie.Ce blog a été créé pour donner de mes nouvelles à tous mes amis et tous mes patients de Picardie auxquels je reste très attaché et qui me le rendent bien en m'envoyant régulièrement des mots doux. De nouveaux articles paraissent très régulièrement.Il y en a maintenant plus de 1500. INSCRIVEZ VOUS A LA NEWSLETTER en donnant votre adresse mail à gauche du blog pour être prévenu automatiquement et de façon anonyme de la parution d'un nouvel article .Pour consulter tous les articles , cliquez sur "liste complète " à droite mais vous pouvez rechercher un sujet particulier dans la rubrique"rechercher"(à gauche) Pour voir les albums de photos à droite cliquez dessus et agrandissez les photos.
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Avant-propos

Les grincheux ,sectaires, conventionnels et intolérants n'ont pas accès à ce blog.
J'essaie en effet d'y retrouver l'amitié, la tolérance , la dérision , la confidence ,la poésie et l'amour de la nature.

Ceux qui m'acceptent tel que je suis sont les bienvenus.       

Voici des fruits , des fleurs , des feuilles et des branches,
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous ,
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux
                                                    Paul Verlaine

 

5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 17:40

C’est ainsi qu’on l’appelait : on disait "on va à la rivière "et jamais on va dans l’Aisne.

C’était notre rivière ou plutôt notre bout de rivière car , non loin de là,il y avait également la même rivière,bien entendu,l'Aisne,dans un village proche nommé Maizy,mais ce n’était pas du tout la même chose,car c’était plus touristique , avec l’apport des campeurs venus de Reims ou même de Paris.

Notre rivière était réservée aux habitants de Beaurieux,petit village construit entre la vallée et "le chemin des Dames",aux familles,aux groupes de jeunes et d’enfants du village qui venaient passer leurs vacances dans un lieu magique pour eux.

Pour aller à la rivière,il fallait prendre un chemin près de chez Raymond Lemaire et de son fils Maurice,les forgerons qui ont bercé mon enfance avec leur enclume, et de la ferme des Cadet,chemin assez bon au début puis herbeux et souvent entrecoupé d’ornières profondes dues aux tracteurs qui passaient par là.Nous étions entre des pâtures fermées de barbelés où paissaient des vaches laitières qui nous regardaient passer avec dédain.Nous n’étions pas des trains,mais nous étions des humains qui partaient pour une journée de vacances.

Nous allions à la rivière à pied et il n’y avait pas loin d’un kilomètre pour atteindre la plage,enfin,ce que nous appelions la plage . Nous arrivions près de l’eau par une descente en pente douce et nous étions rapidement sur des petits cailloux qui faisaient mal aux pieds,car nous allions « goûter » l’eau pieds nus.

Il n’y avait pas beaucoup de « fond » près de la plage et nous voyions l'eau courir sur les herbes folles qui ployaient sous les courants et les cailloux quelques fois un peu plus gros.Plus on s’éloignait du bord en remontant vers Maizy,plus c’était profond, foncé et inquiètant,remplaçant l’eau très claire des bordures.

Tout autour,en amont et en aval,il y avait des roseaux,des joncs innombrables qui patrouillaient en groupe serrés,mais aussi de beaux nénuphars quelquefois fleuris et des herbiers de fond qui cassaient les lignes de péche.

C’est là qu’à cette époque,tous les enfants apprenaient à nager avec une botte de roseaux,comme mon père me l’a aussi appris. On faisait une botte de roseaux ficelés avec un autre jonc ,assez grosse pour bien flotter,on nous mettait cette botte sous les bras et on apprenaient les mouvements de la brasse pour pouvoir avancer dans l’eau,puis,tout doucement,petit à petit,quand mon père avait vu que la synchronisation était bonne et suffisante ,il enlevait très progressivement quelques roseaux.Le soir on cachait notre botte ou,quelques fois,on en refaisait une le lendemain,et nous recommencions ,toujours en enlevant progressivement quelques roseaux.Au bout de quelques jours ,nous n’avions plus que quelques roseaux sous les bras,ce qui,psychologiquement,était important,car notre naïveté enfantine faisait penser que ces quelques roseaux nous soutenaient , alors qu’il n’en était rien,puis mon père a fini par tout enlever et je savais alors nager la brasse,ce qui tranquillisait les parents : hourra !

Bien sûr la plage,c’était aussi le plaisir de batailles d’eau,de jouer,d’aller là où c’était profond et il n’y avait pas d’alarme à cette époque,pas de brassard,pas vraiment de surveillance car nous étions souvent seuls,mais nous savions à peu près tous nager.

Je me souviens que nous avions installé un plongeoir un peu plus en amont ,là où l’eau était un peu plus profonde et nous faisions des concours de plongeon,avec des pirouettes,souvent pour épater la galerie.

C’était nos vacances,et cela a été très longtemps mes seules vacances jusqu’à  ce que je parte en Angleterre avec ma sœur,vers 14 ans,,mais cela est une autre histoire que je raconterai un jour.

Mais la rivière , ce n’était pas que la plage,c’était aussi un magnifique petit chemin qui la longeait et qui nous menait,mon père et moi, à « la barque » ,qui nous permettait d’aller pêcher au milieu de l’Aisne,le long des herbes, le long des  bancs de roseaux,là où les poissons se cachaient.

Ce petit chemin était vraiment superbe ,il longeait un cours d’eau de rêve,avec les arbres couchés léchant l’eau qui courrait et mon père me disait que les poissons se cachaient sous les branches,et sous ces fleurs de nénuphars et ces joncs . La rivière était tortueuse ,lassive et apaisante ; voir cette eau couler en permanence,lentement,sans se presser,sans bruit,filer entre les obstacles naturels qui poussaient du fond développait chez moi une véritable sérénité.J'ai toujours ensuite aimer dormir le long des torrents de montagne pour entendre ce doux bruit continu et ,pour moi,joyeux.

Le long de ce chemin,nous croisions des pêcheurs qui avaient souvent « leur place ».En effet chaque pêcheur s’était souvent attribué une place,au bord de la rivière,place qu’il avait souvent aménagé avec des marches pour descendre au bord de l’eau quand le chemin était un peu en hauteur,mais aussi un petit palier en bas,près de l’eau pour poser le pique nique,les gaules, le matériel et amener quelques fois son épouse ou ses enfants.

Avec mon père,nous partions vers 5 heures du matin pour pêcher au lever du jour car mon père disait que c’était là que les poissons mordaient le mieux.A cette heure là,les places étaient souvent encore vides , à part quelques mordus qui passaient leur journée près de l’eau.

Quand nous arrivions à la barque,nous descendions l’accès qui menait à deux barques,celle de Raymond et la nôtre.C’était une grand barque verte et noire,allongée qui paraissait solide et qui pouvait transporter sans problème 4 ou 5 pêcheurs.A l’avant un peu effilé,il y avait un coffre où on mettait un poids,qui était en réalité un carré de béton que mon père avait confectionné avec un crochet et une chaîne.Il y avait la même chose à l’arrière,même si le coffre était un peu plus petit.Dans les coffres on laissait aussi du matériel sans valeur qui nous permettait de ne pas tout transporter à 5 heures du matin car nous descendions toujours à pied puisque nous n’avions,pas de voiture à cette époque.

Plus tard,quand mes parents achèteront une vieille 203 ,et nous emprunterons un chemin d’accès qui nous amenait assez près de l’emplacement de la barque.

La Barque,c’était un vrai cérémonial pour le gamin que j’étais.Nous arrivions dans la douceur de l’aube, entre chien et loup.et j’avais dû quitter mon lit vers 4heures/4 heures et demi du matin,prendre un petit déjeuner rapide pour partir à pied jusqu’à la plage puis à la barque et il y avait environ deux kilomètres à faire avec le matériel sur l’épaule et les sacs en bandoulière.Après avoir accéder au bateau,tout préparer sans bruit pour être prêt à faire feu ,mon père ramait pour rejoindre une place qu’il était allé repérer et amorcer avec des graines et des pains de « chénevis ».Nous nous mettions souvent en position pour pêcher le long des roseaux ou des arbres à longueur de gaule,nous descendions les poids de part et d'autre du bateau que nous tendions au maximum pour que la barque ne bouge plus malgré le courant et nous commencions à déballer.C’est là que ça se compliquait pour moi car j’étais un enfant remuant et je faisais un peu de bruit sur la barque et je me faisais copieusement engueulé car je faisais fuir le poisson,disait mon père.

Même si j’adorais aller à la pêche avec mon père,la galère commençait alors pour moi car rester sans bouger toute une journée était une vraie torture.De plus,mon père ,lui, pêchait à la graine qui est une méthode de pêche professionnelle car on n’avait droit qu’à une seule touche.En effet il fallait avoir un oeil exacerbé pour ferrer instantanément le poisson qui,sinon,se sauvait avec la petite graine.Mon père faisait germer ses graines la veille et il fallait voir apparaître un tout petit germe blanc pour qu’elle soit opérationnelle et donc efficace.

Moi,j’étais trop distrait pour pouvoir m’exercer à ce genre de pêche et c’était surtout la pêche à l’asticot frétillant qui faisait mon bonheur car le poisson, "titillait " l’amorce mais il lui fallait un moment pour partir avec mon asticot et cela impliquait nombre de touches qui me laissait le temps de ferrer , mais,il faut avouer que j’attrapais 10 fois moins de poisson que mon père.

Le midi,nous mangions un sandwich dans la barque,sans trop bouger et en parlant toujours à voix basse(pour ne pas effrayer les poissons),mon père piquait un bon roupillon, allongé dans la barque et moi,ne pouvant dormir, j’essayais de combler mon retard poissonnier sans succès.

La soirée était également propice,comme le matin,pour choper quelques gardons supplémentaires.Ah oui,j’oubliais de vous parler des victimes,les poissons :la première chose que mon père faisait en arrivant était de pêcher une ablette,un petit poisson vigoureux pour ensuite le mettre au bout de l’hameçon terrifiant de la ligne à brochet,une bonne grosse gaule à moulinet alors que la gaule normale n’en possédait pas et le pauvre vif, comme nous l’appelions, se débattait dans l’eau pour attirer les voraces,les gros,les brochets qui venaient les manger et avaler ainsi un énorme hameçon triple et là,c’était la grande bagarre qui s’annonçait entre mon père et le brochet qui,s’il était bien ferré,n’avait aucune chance. Il fallait le fatiguer,surtout quand il faisait entre 15 et 20 livres (nous parlions en livres car cela fait plus qu’en kilos,enfin c’est mon avis) .

Je vous mets une photo où je suis avec deux brochets.Ce jour là,nous avons attrapé le plus petit,puis,une heure après,c’était branle-bas général dans la barque car mon père a tout de suite vu que c’était un gros. Après l’avoir épuisé (je ne sais d’ailleurs pas qui était le plus fatigué de mon père ou du brochet ),il a été ramené près de la barque et mis dans la grosse épuisette mais un restant d’énergie l’a mis en fureur et l’épuisette a été trouée.Il a alors fallu beaucoup de patience pour l’amener près du bord et mon père m’a demandé d’ôter ma veste pour l’attraper dans l’eau car , avec les mains , cela aurait glissé  et il aurait pu me mordre et ,de plus,il était impossible de le soulever sans casser la ligne.Ma veste fut momentanément sacrifiée.

En général,mon père étant un très bon pêcheur .le vivier était souvent plein quand nous rentrions à la maison avec des coups de soleil,des histoires à raconter, à n’en plus finir et ma mère se mettait à gratter tous les poissons toute la soirée pour manger les plus petits comme les ablettes en friture, dans la poêle ,et les plus gros comme les brochets au four et au vin blanc.Un vrai délice!

C’était une journée type car , en général,nous n’allions pas très loin en barque,nous n’allions pas dans la « grande fosse » réputée pour avoir 7 mètres de fond et remplie de poissons moins bons comme les barbeaux remplis d’arêtes.Dans ces fonds plus profonds,le courant était moins rapide et mon père,qui ne pêchait qu’à la coulée et aimait taquiner le poisson en maniant sa gaule de façon très habile n'aimait pas du tout la pêche au coup,immobile,qui avait tendance à l'endormir ,ce qui n’était pas mon cas..

Mes souvenirs  remontent aussi à ce moment délicieux alors que je devais avoir une dizaine d’année et que j’avais décidé d’emmener un Martiniquais  de 10 ans mon aîné à la pêche.Déjà,un Martiniquais dans un petit village de Picardie dans les années 50,c’était un ovni,mais ce que je vais vous raconter n’est pas innocent.Donc , nous sommes partis bras dessus,bras dessous avec mon Edmond et une fois installés dans la barque, je prépare ma gaule et ma ligne en faisant le malin et en jouant au professeur et que ne fut pas ma surprise en voyant mon compère jeter sa ligne dans l’eau,regarder le fond d’un mètre cinquante environ et,quand il voyait un poisson mordre à son appât,il tirait un grand coup sur le fil et , le comble,c’est qu’il attrapait du poisson de cette manière.J’étais surpris,joyeux et jaloux.C’était l’habitude de pêcher qu’il avait en mer en Martinique avec en plus,dans MA rivière,le bonheur de l’eau claire et donc de voir les poissons.

Cette anecdote est révélatrice de la pollution intense des rivières puisque vers l’âge de 45 ans,j’ai voulu  montrer à mon épouse cette rivière que j’avais tant aimée et nous sommes allés en barque de Beaurieux à Vailly , soit une vingtaine de kilomètres et là,ce fut pour moi un choc : on ne voyait pas le fond et les cailloux à la plage avec 20 cm d’eau tant l’eau était sale,on ne voyait d’ailleurs le fond nulle part mais ,pire encore,les bancs de roseaux avaient disparus , mangés par les rats musqués,les nénuphars n’existaient plus et ne donnaient plus cette magnifique touche colorée que j’aimais tant,les herbiers de fond qui m’avaient causé tant de souci avec ma ligne n’étaient plus là non plus,bref,l’Aisne n’était plus celle que j’avais connu et je me suis mis à plaindre tous les petits du village qui ne connaitront jamais le bonheur de la botte de roseau,du gardon qui frétille,du brochet qui résiste et de la belle fleur de nénuphar qui illumine le soir l’eau qui s’écoule avec une sérénité devant laquelle on ne peut que devenir philosophe et s’incliner.

Je me demande dans quel état est aujourd'hui ma plage,je me demande si elle voit des enfants qui piaillent mais je ne me fais guère d’illusions,ils sont devant leurs tablettes et jouent à une noyade virtuelle avec un sauveur qui, muni de ses super pouvoirs,les extrait de l’eau,sans botte de roseaux  et sans mon nénuphar sacré.

 

La rivière où la gloire de mon père (à l’attention des habitants de Beaurieux 02160 en particulier,mais pas seulement)
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Ma citation

De mes erreurs de jeunesse,ce qui me contrarie le plus n'est pas de les avoir commises mais de ne plus pouvoir les refaire

Philosophie personnelle

Que la dérision nous apporte la légéreté,la modestie et la réflexion sur le sens de notre vie.
                                Juju